Programme

Réduire le coût des études

L’enseignement est un exceptionnel vecteur d’émancipation, sans doute le plus formidable des outils existants pour permettre à chacun d’améliorer sa condition et pour permettre à tous de vivre dans une société plus juste et plus égalitaire. Pour que l’enseignement joue effectivement ce rôle redistributeur, il faut cependant que quelques conditions soient réunies, à commencer par un réel droit de chacun d’accéder à l’enseignement, d’accéder à l’université. Le premier objectif du SAEL est donc la démocratisation de l’enseignement.

C’est que la situation n’est pas rose. Non seulement, les chances de faire des études — et donc, pour une (trop ?) large partie, d’accéder plus tard aux positions socio-économiques les plus favorables — sont très largement corrélées à la situation sociale et culturelle du milieu dont sont issus les étudiants. Mais, depuis plusieurs années, il semble que la situation ne tende plus à une résorption de cette situation, mais bien à une accentuation de la tendance : aujourd’hui globalement la démocratisation est en recul.

Notre démarche à l’égard de cette question s’articule en trois étapes. D’abord, il est important d’améliorer les conditions de vie des étudiants, en réduisant la masse des multiples dépenses qu’ils doivent assumer et en améliorant les systèmes d’aides sociales, ce qui aura également pour effet d’abaisser la barrière qui existe de facto à l’entrée des études pour beaucoup qui n’ont pas eu et n’auront pas la chance d’accéder à l’enseignement supérieur. Ensuite, il faut travailler en amont : identifier les moments du parcours scolaire où se passe la « relégation » et lutter contre ces phénomènes. Enfin, il faut rouvrir le débat de façon plus fondamentale sur le rôle qu’on attribue à l’étudiant dans la société, et en tirer les conséquences au niveau de la manière dont on lui permet de financer ses études.

2.1. Réduire le coût des études

Le constat est simple et frappant : le coût des études supérieures en Communauté française est trop élevé et il a tendance à augmenter. Le cumul du prix du minerval, des syllabi, des transports et/ou d’un kot,... représente de grosses dépenses pour les étudiants et leurs familles et limite de fait l’accès à l’université.

Un certain nombre de bourses sont délivrées chaque année, mais ce nombre est en diminution alors que les demandes augmentent. À ce recul du système boursier (faiblement compensé par les réformes Dupuis), il faut ajouter la croissance constante du minerval et l’augmentation du prix des livres consécutive à la privatisation partielle des services d’édition de cours, ainsi que la nécessité pour les universités de trouver, très bientôt, les fonds pour organiser le passage des sections à cinq ans. Bref, les études sont trop chères et ça ne va pas aller en s’améliorant… Pourtant, la Belgique est signataire du pacte de New York qui stipule que « l’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité ». C’est vers ce but que nous voulons aller.

a. Minerval

Nous pensons qu’il faut oser réclamer une baisse du minerval (mesure présente dans plusieurs programmes électoraux, faut-il le rappeler ?). En effet, ces dernières années le mouvement étudiant en université a manqué de revendications claires et réellement fédératrices. Il n’a pas réussi à se faire entendre alors que la situation des universités en Communauté française n’a fait que se dégrader, tant du point de vue des étudiants que des autres membres de l’université. Or la régression de la liberté d’accès à l’enseignement est très clairement une préoccupation essentielle d’un grand nombre d’étudiants. C’est pourquoi nous faisons de la baisse du minerval un de nos thèmes importants.

Si nous ne pouvons promettre de réduction du minerval (bien qu’elle soit financièrement réalisable), nous considérons cette revendication comme un signal : la démocratisation de l’enseignement doit aussi concerner les classes moyennes. L’idée selon laquelle seule une minorité défavorisée aurait besoin d’aide sociale — tandis que la grande masse des étudiants (issus de la classe moyenne salariée) pourrait payer un prix plus proche du « prix réel » des études (soit beaucoup plus qu’actuellement) — ne correspond tout simplement pas à la réalité.

b. Bourses en Communauté française

Les réformes des bourses menées par la ministre Dupuis, malgré certaines avancées positives, ont créé de nouveaux critères restrictifs privant de nombreux étudiants du taux boursier. Des amendements de ce décret pour revenir aux anciens critères sont en cours de négociation avec la ministre Simonet. Nous soutenons ces propositions. Plus généralement, nous souhaitons une augmentation du nombre de bourses, notamment pour les étudiants travaillant et les étudiants étrangers.

Nous réclamons également la suppression des critères académiques dans l’attribution des bourses : actuellement, un étudiant doublant une autre année que la 1e bachelier est automatiquement privé de bourse. Nous récusons cette logique qui consiste à sanctionner un étudiant ayant passé une année difficile, le plus souvent indépendamment de sa volonté. Nous pensons que le droit de faire des études ne doit pas être lié à la capacité de les financer.

c. Bourses de l’ULg

Depuis que le financement du minerval intermédiaire est à charge de la Communauté française, le soutien financier de l’ULg aux étudiants a considérablement perdu en importance. Cependant le retour du taux intermédiaire à 280 euros, que nous avons obtenu sous le nom du CECAM, a été financé par l’ULg. Ainsi, lorsque la Communauté française manque à ses obligations et en attente d’une solution définitive à ce niveau, l’université peut s’avérer être une solution de rechange intéressante. Partant de ce principe, nous entendons pérenniser l’aide de l’ULg sur le taux intermédiaire jusqu’à la modification des textes de loi.

d. Logement

Les nombreux kots de Liège diffèrent tant par leur loyer que par leur qualité et leur dispersement géographique. Face à cet éclatement, aux mauvaises surprises qui peuvent parfois arriver dans un contrat de bail et à l’absence de vue d’ensemble sur ce dossier, la première chose à faire est de regrouper des données afin d’y voir clair et de pouvoir fournir une bonne information aux étudiants. Des initiatives intéressantes en ce sens existent, que nous soutiendrons. Dans cette optique, nous souhaitons développer une collaboration avec le service logement de l’université et proposer aux étudiants un service d’information sur le rapport qualité/prix des kots à Liège.

Les logements universitaires (home du Sart Tilman et Bruhl) sont parmi les rares kots à vocations sociale, ils proposent en effet des loyers dépendant du revenu des parents. Dans le contexte actuel de rentabilisation et de privatisation des services de l’université (restos U), nous refusons toute mesure de ce type pour ces habitations et prônons le gel des loyers.

Par ailleurs, la lutte contre la discrimination au logement semble bien devoir faire partie des priorités d’une représentation étudiant. Il existe en effet un certain nombre de propriétaires de logements — une minorité sans doute — qui refusent de louer à certaines catégories de personnes : étudiants étrangers, étudiants dépendant du CPAS,... C’est bien sûr inacceptable et des lois existent contre la discrimination, notamment raciste. Une organisation comme la Fédé peut aider les étudiants victimes de telles discriminations à faire respecter leurs droits, par exemple en consacrant une petite partie de son budget à payer un avocat pour aider ces personnes.

e. Syllabi et livres de cours

L’achat des livres et des syllabi constitue une des dépenses importantes pour nos études. La récente centralisation des services d’édition de syllabi a paradoxalement aggravé la situation. Nous pensons qu’un contrôle des étudiants sur ce nouveau service d’édition devrait leur permettre de profiter effectivement des économies d’échelle réalisées. Par ailleurs, l’existence de centrales de cours dans certaines facultés permet de proposer des notes de cours pour des sommes relativement modestes. Nous sommes également pour la généralisation de ces centrales dans chaque section. Cette mesure dépendant en partie des cercles, nous envisageons un soutien logistique, financier ou numérique afin de la mettre en œuvre. Enfin, un autre moyen de réduire ces coûts serait que l’université achète les livres obligatoires en grande quantité, donc à un taux préférentiel, pour ensuite les proposer aux étudiants.

f. Matériel informatique

Pouvoir disposer d’un ordinateur et d’une connexion à l’Internet ne constitue plus un luxe pour aucun étudiant : c’est devenu une réelle nécessité. Les salles informatiques mises à la disposition des étudiants par l’université ne comblent qu’une fraction des besoins, d’autant plus réduite que ces salles sont souvent occupées pour divers travaux pratiques et séances d’exercices. L’achat d’un ordinateur constitue donc souvent un impératif, dont le coût vient évidemment s’ajouter au montant total de la facture.

Certaines initiatives visant à faciliter l’achat d’un ordinateur ont eu le mérite d’exister, mais elles n’ont eu jusqu’à présent qu’un effet marginal. Ces initiatives ne doivent pas non plus faire oublier que, même à prix réduit, tous les étudiants sont loin de pouvoir mobiliser la somme nécessaire à l’achat d’un ordinateur.

g. Mobilité internationale

Développer la mobilité des étudiants est un des objectifs principaux du « processus de Bologne ». Cette volonté de permettre aux étudiants de découvrir d’autres cultures, d’apprendre une langue étrangère, bref d’élargir leurs horizons est, dans l’absolu, tout-à-fait louable. Cependant, le principal obstacle à ces échanges est et reste d’ordre financier : partir en séjour Erasmus (ou dans un autre type de programme d’échange) coûte souvent plusieurs milliers d’euros. Réduire les difficultés administratives ne suffit donc pas, l’encouragement à la mobilité pour être efficace devrait se doubler d’un système d’aide financière approprié.

La création d’un tel fond avait été promise au moment du vote du décret mettant en place « Bologne » en Belgique francophone. Cela ne nous paraît cependant pas indiqué : le budget de la communauté française est actuellement tellement serré et ses systèmes d’aide sociale tellement insuffisants qu’il serait indécent de financer des voyages à l’étranger alors que certains étudiants ne peuvent bénéficier d’une aide pour leur permettre simplement d’accéder à l’enseignement supérieur.

Par conséquent, et compte tenu de l’enjeu culturel et scientifique immense que représente la mobilité internationale de ses jeunes pour l’Union européenne (peut-être même supérieur à l’enjeu académique pour les étudiants), nous souhaitons que soit créé un fond au niveau de l’Union européenne, sur le budget de l’Union, pour financer cette mobilité. Quant à l’argent promis par la ministre Dupuis pour abonder ce fond, il devra servir à renforcer le système d’aides directes de la Commuanuté française.

Enfin, indépendamment de toute considération académique, tant qu’un tel fond n’existe pas, il est bien évident que nous nous opposerons à la mobilité obligatoire — à l’obligation que certaines facultés souhaiteraient faire à leurs étudiants de passer au moins un quadrimestre à l’étranger au cours de leurs études — dans la mesure où cela reviendrait purement et simplement à exclure certains étudiants de ces facultés.

h. Transports en commun

Dans certaines villes, les transports publics sont gratuits pour les étudiants, voire pour l’ensemble de la population (c’est notamment le cas à Gand). La gratuité des transports en commun est donc une mesure parfaitement réalisable et surtout, plus cohérente avec la volonté de proposer un service public accessible à tous. Nous inspirant de ces exemples, nous réclamons que des réformes similaires soient entreprises pour le réseau TEC à Liège, sinon dans toute la Communauté française.

2.2. Travailler en amont

Mais améliorer la situation des étudiants qui ont pu accéder à l’enseignement supérieur ne suffit pas. Il faut aussi tenir compte de ceux qui auraient voulu avoir cette chance mais ne l’ont pas eue. Et donc, envisager les mécanismes de relégation existant antérieurement, au cours de l’enseignement secondaire essentiellement.

Il est bien sûr délicat pour des étudiants du supérieur de prôner des solutions pour un enseignement dans lequel ils n’étudient pas, au risque de reprendre à notre compte une certaine façon de donner des leçons au secondaire que les universitaires ont parfois. Nous essayerons de ne pas tomber dans ce travers.

Nous souhaitons néanmoins nous intéresser au débat sur l’enseignement secondaire. En nouant des collaborations avec des associations d’élèves dans les athénées et collèges liégeois,...

2.3. Penser un autre modèle : aller vers le revenu étudiant ?

Enfin, une réflexion sur le financement des études ne peut aller au fond des choses sans porter une interrogation sur les trois questions suivantes. Cette partie du programme a pour but de lancer des pistes de réflexion. Nous ne prétendons pas détenir des vérités préconçues et encore moins des solutions miracles qu’il « suffirait » d’appliquer. Mais il nous semble intéressant d’essayer de lancer un débat, complètement absent en Communauté française, sur le revenu étudiant.

a. A qui profitent les études ?

Des voix, de plus en plus nombreuses |1|, et qui ont peut-être même tendance à devenir dominantes dans de nombreux pays, s’élèvent pour affirmer que le fait pour un étudiant de faire des études revient essentiellement pour lui à se doter d’un capital (social, culturel, symbolique), qu’il pourra rentabiliser par la suite, principalement en maximisant le salaire auquel il pourra prétendre. Poussée jusqu’à son terme, cette idée signifie qu’il juste que l’étudiant paye ses études au coût réel (c’est-à-dire plusieurs milliers d’euros par an) et que la société évite de favoriser certains et pas d’autres en prenant à sa charge ce coût. Le système des prêts aux études, permettant aux étudiants de suivre un cursus très cher en s’endettant durablement, relève de cette optique libérale et en constitue en quelque sorte la politique « sociale ».

Cette vision — que nous caricaturons à peine — nous paraît beaucoup trop réductrice, pour différentes raisons qu’il n’est pas inutile d’énoncer même si elles relèvent, pour une large part, de l’évidence :

Bref, l’évolution des moeurs et des modes de production fait en sorte non seulement que la société a besoin que ses membres disposent de formations de plus en plus complètes, mais crée aussi un devoir pour la société dans la mesure où la formation est globalement devenue une condition de l’accès à l’emploi et donc de l’intégration sociale. Ainsi, nous pensons qu’il est nécessaire — qu’il est de l’intérêt de tous — de réfléchir dans les termes d’un droit aux études, plutôt que dans ceux d’une logique individualiste.

b. Les étudiants doivent-ils être des majeurs en état de minorité prolongée ?

Même si un nombre croissant d’étudiants travaillent pour payer leurs études (pour compléter une bourse insuffisante ou assumer seuls leurs frais suite à une situation de rupture familiale), il ne s’aurait s’agir là d’un idéal. Les étudiants travailleurs connaissent souvent des horaires de vie démentiels dont la conséquence est de manière prévisible un taux d’échec supérieur. La plupart des étudiants restent donc à charge de leurs parents. Beaucoup continuent à vivre au domicile familial. Il ne sous semble pas inutile de se poser la question du caractère plus ou moins souhaitable de cette situation, tant pour les familles qui doivent assumer des frais importants que pour les étudiants qui sont maintenus dans une situation artificielle de minorité prolongée, par le seul fait de leur dépendance financière. Il nous semble au contraire que l’autonomie des personnes majeures que sont les étudiants doit, autant que possible, être favorisée.

c. Les parcours de vie peuvent-ils se diversifier ?

De plus en plus nombreux sont les étudiants à ne plus s’inscrire dans le schéma traditionnel des quatre ou cinq ans d’études effectués entre 18 et 25 ans, à plein temps. Les parcours de vie deviennent plus complexes, plus riches. Certains abandonnent leurs études en cours de route, et il n’est pas rare qu’ils y reviennent plus tard. D’autres travaillent à mi-temps tout en poursuivant des études, en étalant éventuellement une année sur deux,... Ces évolutions, qu’elles répondent à des aspirations personnelles ou qu’elles résultent de contraintes extérieures, nous semblent devoir être soutenues. Mais force est de constater que l’enseignement, tant dans sa forme (rigidités horaire, scolarisation des études, absence de modularisation,... |2|) que dans les politiques sociales qui l’accompagnent, n’est pas du tout adapté à ces nouvelles formes de vie.

*

A ces questions fondamentales, nous ne prétendons pas détenir la solution. Il nous semble cependant que le revenu étudiant pourrait constituer une réponse dont nous aimerions étudier les tenants et aboutissants de façon plus détaillée que ce qu’il est possible de faire ici. Nous nous donnons cet objectif pour les mois à venir. A ceux qui nous rétorqueraient que cette idée est complètement utopiste, rappelons sans prolonger ici le débat que plusieurs pays — principalement les pays scandinaves — ont instauré cette pratique.

|1| Voir par exemple l’intervention de l’économiste Jean Hindriks dans le numéro 14 de Regards Economiques daté de septembre 2003, pages 2 à 7 [pdf]

|2| Cf. « Améliorer la qualité de l’enseignement ».

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