Programme

Améliorer la qualité de l’enseignement

3.1. Etat des lieux

Les universités en Communauté française offrent un enseignement de relativement bonne qualité en regard des limites de leur financement. Hélas, la situation de sous-financement de l’enseignement commence à remettre en question ces bons résultats.

Cette évolution des choses nous préoccupe pour plusieurs raisons. A l’heure où l’harmonisation européenne de l’enseignement supérieur met en concurrence les diplômes de 40 pays, la société belge se doit de fournir un enseignement de qualité à ses citoyens, pour éviter qu’ils ne soient désavantagés par rapport à leurs collègues européens et qu’ils ne viennent grossir les rangs des chômeurs. Ces risques ne concernent pas uniquement les futurs diplômés : nous serons tous en contact avec eux. La qualité de la formation des médecins, profs, et autres psychologues, influence directement la qualité de vie de la population ; étudiants ou non, nous sommes tous concernés.

Nous nourrissons des inquiétudes quant à un autre domaine, d’une importance primordiale pour notre société et même pour l’ensemble du genre humain. La recherche a permis, et permet encore, de grandes avancées dans la lutte contre les problèmes rencontrés par l’homme. Nous pensons à la recherche médicale, mais également environnementale : vu l’incapacité du système politique libéral à s’opposer à la destruction écologique en cours, qui, si ce n’est la recherche, pourrait y remédier ? Dans des disciplines qui peuvent sembler moins "utiles", la recherche, en s’interrogeant sur le passé et le présent, permet une meilleure compréhension de l’évolution des modes de vie et des mentalités. Grâce à cela, nous pouvons mieux cerner les besoins des sociétés.

En résumé, la recherche représente un des critères du niveau de développement culturel de chaque pays. Or, le peu de moyens financiers qu’y alloue l’Etat belge pousse les chercheurs à se tourner de plus en plus vers le monde économique. Les conséquences sont multiples. Tout d’abord, la recherche ne sert plus l’intérêt général : elle est soumise à des orientations et des délais imposés par les entreprises l’ayant financée. Et lorsque les chercheurs arrivent à une découverte, celle-ci profite aux fournisseurs de fonds ; pensons aux brevets sur certains médicaments qui pourraient sauver de nombreuses vies dans les pays du Tiers-Monde. Pour les disciplines jugées "non-rentables", la situation est encore plus dramatique et conduit à la disparition de champs entiers de la recherche, par exemple en ne remplaçant pas les chercheurs partant à la retraite. Par ailleurs, le décret Dupuis prévoit la création d’écoles doctorales et précise qu’une seule école doctorale par domaine sera autorisée en Communauté française. Ces regroupements, en plus de condamner chaque discipline à se conformer à une seule école de pensée, sont dénoncés par de prestigieux professeurs comme portant atteinte aux efforts d’interdisciplinarité de la recherche. Cet état de chose, associé au nombre peu élevé de nouveaux contrats, pousse quantités de jeunes chercheurs à s’exiler pour trouver ailleurs un avenir plus souriant. Avec toutes les conséquences que cela a pour leur pays d’origine...

3.2. « Bologne » et ses conséquences

a. Une véritable course en avant

L’ULB a décidé d’ouvrir certains masters en 2005, brisant l’accord pris entre les recteurs francophones pour n’ouvrir ces diplômes qu’en 2007 (de façon à pouvoir les préparer correctement, notamment). Les autres universités ne vont évidemment pas rester sans réagir. L’UCL prévoit dès à présent d’ouvrir les masters en 2006, c’est-à-dire pour les étudiants qui auront réussi leur première licence (qui sera alors considérée comme équivalente au bac). Pour le dire clairement, c’est n’importe quoi. Cette tendance à rédiger les programmes de façon précipitée pour tenir les délais imposés par les textes légaux où la concurrence était déjà présente dans la rédaction des programmes de premier cycle.

b. Le contenu du premier cycle

C’est désormais acquis : les études universitaires seront allongées à cinq ans et le premier cycle — jusqu’ici long de deux ans — sera allongé à trois. Il est désormais essentiel de savoir quel contenu on donnera au premier cycle, pour ne pas se limiter à l’étalement sur trois ans d’une matière jusqu’ici donnée en deux ans. Il est également important d’expliquer en quoi le projet universitaire pour le premier cycle se différencie de celui des hautes écoles, dont les diplômes en trois ans seront plus ou moins équivalents à ceux des universités, avec le débouché professionnel en plus.

Nous plaidons pour que l’université mette en place au cours du premier cycle une formation à l’interdisciplinarité, à la rencontre avec une autre discipline scientifique que celle choisie en orientation principale.

c. La liberté académique

Enfin, le décret Dupuis a avancé sur la voie de la remise en cause de la liberté académique, par l’instauration d’un contrôle pouvant concerner le contenu des cours. C’est un des principaux arguments avancés par les dizaines d’enseignants de l’ULg qui ont introduit un recours en cours d’arbitrage contre le décret « Bologne ».

d. Valorisation des diplômes de l’« ancien système »

Dans la réforme, un des aspects encore très flous concerne la reconnaissance des anciens diplômes par rapport aux nouveaux. Qu’adviendra-t-il par exemple des étudiants qui ayant entamé leurs études dans l’ancien système, les poursuivront, pour une raison ou une autre, dans le nouveau ? Quelles valeurs auront encore les diplômes de candidatures une fois que les licences ne seront plus organisées ? Nous souhaitons que des mesures soit prises pour faciliter la vie de ces étudiants, que des assouplissements, par exemple en permettant à un étudiant disposant d’un diplôme de candi d’obtenir le master en deux ans d’études plutôt qu’en trois, en n’exigeant pas de lui qu’il passe l’intégralité de la troisième année de bac (qui sera probablement partiellement redondante avec l’ancienne deuxième candidature) et lui permettant de prendre les cours de cette nouvelle année au cours de ses deux années de deuxième cycle.

3.3. Les conditions d’enseignement

a. L’encadrement pédagogique

Les moyens insuffisants des universités limitent de plus en plus l’encadrement pédagogique, que ce soit le nombre de professeurs, d’assistants ou la qualité du service bibliothécaire. Contrats précaires, rotation et flexibilité du personnel encadrant sont des réalités de plus en plus présentes, au détriment évidemment de l’encadrement lui-même.

La fusion de certaines sections est un artifice permettant de diminuer (encore) le nombre de personnel scientifique et pédagogique.

b. Les bibliothèques

La situation des bibliothèques est assez catastrophique : de très nombreux ouvrages importants sont indisponibles, sans parler des abonnements aux revues scientifiques. Dans certaines disciplines, la pauvreté documentaire est abyssale.

L’emprunt interuniversitaire, cher, lourd et lent, est parfois possible, mais bon nombre d’étudiants finissent par acheter les livres nécessaires à leurs travaux, notamment pour la réalisation de leur mémoire (ce qui globalement est assez absurde en termes d’allocation des ressources).

De plus, les horaires d’ouverture des différentes bibliothèques de l’ULg sont loin d’être satisfaisants : alors qu’au début des années ’70, le CICB ouvrait tous les jours jusqu’à 22h et le samedi jusqu’à 18 ou 20h, aujourd’hui, on est chanceux si notre UD ouvre sur le temps de midi !...

Nous nous doutons que le retour à la situation de 1970 est peu probable à court terme mais nous nous proposons d’engager un dialogue avec les différentes UD et le CICB pour qu’il y ait au moins une nocturne par semaine ainsi qu’une ouverture sur le temps de midi par semaine dans les UD où ce n’est pas encore le cas. En outre, nous aimerions encourager les contacts entre profs et bibliothécaires, pour que ces derniers soient au courant des travaux demandés aux étudiants et donc des ouvrages à ne pas laisser partir en prêt (sous peine de pénaliser toute l’année d’études, sauf le plus rapide de tous...). Un système de prêt à courte durée (le temps de faire photocopier l’ouvrage, par exemple) contre une pièce d’identité, nous semble être un bon compromis.

Les contacts entre les bibliothèques universitaires et les bibliothèques communales ou privées (Chiroux, bibliothèque de l’Evêché, de St Luc, de Solvay, ...) sont eux aussi à privilégier. Enfin, à l’heure de la centralisation européenne, il nous semble opportun de créer un réseau de communications étroites entre les différentes bibliothèques spécialisées dans un domaine donné en Europe.

Bien entendu, la réalisation de toutes ces propositions est presqu’impossible sans un refinancement sérieux des UD et du CICB et sans la suspension du programme de réduction des effectifs des différentes UD actuellement en cours.

c. Le matériel pédagogique, la logistique, les bâtiments

1. Matériel scientifique

Le matériel scientifique, véritable support pratique à l’apprentissage, déjà en quantité limitée, est en règle générale aussi ancien que les bâtiments les abritant. Le matériel défectueux non réparé entraîne l’augmentation du nombre d’étudiants pour moins de matériel disponible et le matériel obsolète non remplacé, une formation inutile à des outils qui n’ont plus cours.

2. Matériel informatique

L’informatique fait à présent partie intégrante de la majorité des cursus universitaires et de la vie d’un étudiant dans son ensemble. Pourtant, le parc informatique de l’université est loin d’avoir suivi la même évolution. (Point évolution investissement parc informatique). Paradoxe quand on voit combien le matériel s’est démocratisé. Cette carence entraîne une externalisation des coûts de formation à l’outil informatique vers les étudiants (cfr Coût des Etudes). La seule estimation disponible actuellement fait état de plus de 23 étudiants par ordinateur disponible |1|. La réalité est probablement encore moins reluisante, étant donné la disponibilité/accessibilité de certaines salles. Ajoutez à cela les souris qui ne fonctionnent pas et les écrans en panne dans celles qui le sont...

3. Infrastructure

Ce manque d’investissement fondamental chronique est également valable pour les locaux, particulièrement au XX Août : insonorisation partielle ou absente, systèmes multimédia réduits ou absents, mobilier bancal et peu confortable,...

3.4. Un enseignement modularisé

Ce type d’enseignement permettrait d’assouplir la notion d’année d’études et de faciliter la vie des étudiants jobistes, par exemple, ou de se consacrer à autre choses que ses études, sans arrêter celles-ci. Néanmoins, ce système suppose une concertation avec les professeurs : on n’est pas forcément capables de suivre tous les cours prévus au deuxième cycle si l’on n’a pas suivi certains cours du premier. La cohérence du cursus doit donc être maintenue au risque de se retrouver dans la situation de certains diplômés allemands dont la qualité de formation est douteuse en raison du non-contrôle académique mais surtout pédagogique et de la "liberté" totale de choix des cours (dans différentes sections, parfois), pas forcément en connaissance de cause.

Un autre problème généré par ce système est que sa cohabitation avec celui que l’on connaît aujourd’hui risque de ne pas être longue. La prudence s’impose donc dans les prises de décisions et le débat doit être lancé.

Mais un gros avantage de la modularisation est le contournement possible de la double inscription, forcément coûteuse. On pourrait imaginer payer un minerval pour 72 ECTS, par exemple.

3.5. Un mot sur la fusion EAA-HEC

Depuis ce mois de janvier, les étudiants de HEC font effectivement partie de l’université et la faculté d’EGSS vit ses dernières heures |2|. Si cette fusion répond à une attente de la part des étudiants en gestion et leur permettra sans doute d’avoir de nouvelles opportunités dans le cadre de leurs études ou après, cette fusion — et la manière dont elle s’est passée et a été décidée —, n’est pas sans poser sérieusement question.

3.6. Le rapprochement avec l’université de Maastricht

Sérieusement envisagé par les autorités de l’ULg, le rapprochement avec l’université de Maastricht nous semble présenter des aspects intéressants mais aussi poser un certain nombre de questions. Nous relevons :

3.7. L’informatique dans l’enseignement

Le concept d’e-learning — qui pointe le bout du nez et risque de prendre de l’importance dans les années à venir — est a priori très séduisant : avec un ordinateur et une connexion à Internet, les étudiants seraient dispensés de suivre les cours et/ou d’acheter les syllabi. On peut rêver à une vie étudiante beaucoup plus libre. On peut aussi imaginer des video-conférences via webcam, sortes de rendez-vous à distance avec un prof et un cours. Certaines universités américaines et norvégiennes ont déjà franchi ce pas vers la technologie... Le recourt aux possibilités qu’ouvre l’informatique permet en outre de faciliter l’accès aux études à des personnes qui travaillent et peuvent difficilement fréquenter les cours à temps plein en journée.

Cependant, l’arrivée probable de l’e-learning représente certains risques importants :

Bref, selon nous, la mise en oeuvre de systèmes d’e-learning peut être intéressante, mais elle doit constituer un plus à la formation, plutôt être conçue comme un moyen d’apprentissage supplémentaire mis à la disposition des étudiants (éventuellement remplaçant certains cours pour les étudiants qui le souhaitent mais pas de manière obligatoire), mais ne devrait en aucun cas remplacer (tous) les cours.

Un autre point auquel nous souhaiterions nous intéresser est la présence de logiciels libres à l’université. Pour deux raisons :

|1| Cf. Petit Toré Janvier 2005 [pdf].

|2| Voir à ce sujet la page web http://www.sig.egss.ulg.ac.be/fchd/....

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